Site icon Black Stories Impro

Trame Narrative

Le principe du théâtre, du cinéma, de l’improvisation, de l’art en général, c’est de raconter des histoires qui vous fassent ressentir des émotions ! C’est évidemment plus simple à dire qu’à faire ! De plus, en improvisation, nous sommes à la fois, le comédien, le metteur en scène et l’écrivain ! Nous jouons, composons et écrivons in situ et collectivement. Alors comment pourrions-nous nous repérer ? Comment pourrions-nous improviser des scènes dites longues, voire des spectacles entiers. Voici une méthode qui peut aider à la création de la trame narrative.

Pour cela, il faudra par ailleurs lire l’article sur le conflit en improvisation car c’est l’un des éléments fondamentaux de la structure narrative, ainsi que l’article sur la plateforme. Le premier vous présente le principe de l’arc, le second quelques idées pour commencer une improvisation.

C’est bon … ? Vous les avez lu … ? Nous pouvons donc poursuivre. 

3 comédiens, dont une qui raconte une histoire.

Avant de rentrer dans le vif du sujet et de parler de la méthode de « l’arc transformationnel » simplifié, soyez conscient que, à vouloir absolument suivre strictement les méthodes présentées, vous en arriverez à brider votre esprit, à ne plus vivre le « ici et maintenant »… alors apprenez à gérer les étapes une à une. Réessayez, habituez-vous, que l’action devienne presque inconsciente, mais surtout ne vous empêcher jamais de découvrir d’autres chemins narratifs…  

Cet article est composé de 3 grands actes :

Chacun est détaillé en sous-parties et illustrée au-fur-et-à-mesure par des schémas, des exemples et parfois des exercices d’improvisation à expérimenter.

ACTE 1

Allo ! Tu as fait ton sac ?

Une fois que vous avez installé votre plateforme, il faut amener votre personnage à l’appel à l’aventure ou à l’action ou encore l’incident déclencheur. C’est ce qui vient casser la routine, modifier les habitudes. Ce n’est pas obligatoire que cet événement arrive au protagoniste directement. Ce peut être une succession d’événements qui entrainent le protagoniste à être impliquer dans cette aventure. Cependant, il ne peut y être étranger, car cela signifierait que ce n’est pas notre protagoniste. Nous devons, par n’importe quel moyen, relier notre protagoniste à l’intrigue. 

Tout au long de cette partie, je tente d’étayer les propos par des exemples de genres différents : à la manière d’un thriller, d’un film catastrophe ou encore d’un film romantique.

Thriller : Aux informations, on vient d’annoncer le meurtre d’une femme et la disparition de sa fille. Dans l’open space où travaille notre protagoniste on n’arrête pas de parler de cet événement. Il s’avère que c’est le même que lors de la mort de sa femme et de l’enlèvement de sa fille.

Catastrophe : Un astéroïde se dirige droit vers la Terre. Notre protagoniste découvre l’information à la radio, dans sa voiture en sortant du travail. Le lendemain lors d’une réunion, il apprend qu’il a été sollicité pour schématiser les différents scénarii possibles auprès du Président.

Romantique : Deux amis très proches qui se connaissent depuis l’enfance, courent l’un et l’autre après le vrai amour qu’ils n’ont jamais connu. Alors qu’ils se contactent régulièrement par téléphone, ils organisent un repas pour se retrouver. L’un étant certain d’avoir trouvé l’amour, l’autre passant d’une soirée à une autre.

Nos protagonistes ici ne savent pas qu’ils le sont. Ils ignorent même au début leur lien avec le conflit général/l’intrigue. Ils ignorent encore beaucoup de choses potentiellement importantes pour évoluer et changer. 

Cette partie se poursuit par le refus de l’appel. Notre protagoniste ne se sent pas légitime pour participer à cette aventure, par manque de connaissance, par peur du résultat, par sous-estimation de sa personne, par lassitude… Cette étape permet d’intensifier le conflit interne du protagoniste et de mettre petit à petit en évidence son défaut fatal. On sait maintenant qu’il va devoir se battre contre/pour lui-même afin d’évoluer et gérer le conflit général. À l’inverse, ne pas l’installer, signifierait que notre protagoniste a toutes les cartes en mains pour y parvenir.

Thriller : Accoudé au bar à boire son troisième verre, notre protagoniste est plongé dans ses pensées. Un inspecteur rentre et se dirige vers lui pour l’interroger, mais ce dernier ne souhaite pas replonger dans les douloureux souvenir de la mort de sa femme et de la disparition de sa fille. 

Catastrophe : Chez lui, notre protagoniste prépare sa valise pour ne rien oublier. Plongé dans ses pensées, il attrape la photo de famille qu’il sort de son cadre. Le regard posé sur cette photo, il s’assoit sur le lit pour réfléchir un instant à la décision qu’il a pris.

Romantique : Durant ce repas, notre couple raconte comment leur rencontre s’est déroulée. Pour écourter le monologue de son ami, notre célibataire raconte à son tour ses rencontres et conquêtes multiples. C’est en montrant quelques profiles à son ami qu’il reçoit un message d’un profile correspondant à ses critères. Un petit silence et un échange de regard suffisent à notre célibataire pour exprimer qu’il va passer une excellente soirée.

Il est évident que nous ne pouvons pas en rester là dans notre trame narrative sans quoi, il n’y aurait aucune histoire. Le protagoniste est encore ignorant de nombreuses choses, mais pas complétement. Il commence à prendre conscience de petits éléments mais rien de probant qu’il le pousse à aller plus loin, rien qui lui permette de régler le conflit général/l’intrigue.

Il faudra attendre le turning point aussi intitulé le moment déterminant ou encore la rencontre avec le mentor pour que le changement commence à opérer. L’instant où le conflit général, augmente l’enjeu, l’importance, l’implication du protagoniste. Souvent le turning point est le résultat d’une action externe et, comme toutes actions externes engendrent des réactions internes, le protagoniste est obligé d’évoluer.

Thriller : Ivre dans la rue, déambulant sans savoir où aller, il entend le bruit des voitures, les conversations des passants, il voit les lumières flash mais néanmoins flou de la rue. Quand il se fait tout à coup percuter par un passant qui courrait. Tombant au sol violemment, de nombreuses images se percutent dans sa tête, dont celle d’un poignet tatoué poignardant sa femme. 

Catastrophe : Tout en descendant lentement l’escalier, encore plongé dans ses pensées, notre protagoniste entend sa femme expliquer au téléphone la situation, sans faire attention que leur ado écoutait aussi que son père allait encore partir longtemps. L’ado avale sa salive et sert les dents, puis balance : « oui comme à chaque fois ». C’est en arrivant sur les dernières marches de l’escalier qu’il aperçoit son second enfant, le plus jeune, jouer seul avec une figurine de Superman.

Romantique : Seul devant la télé, le portable de notre célibataire ne cesse de recevoir de nombreux messages. Plus le portable vibre, plus il souffle et commence à fait le point sur sa vie et ses rencontres aléatoires voyant son ami heureux, dans cette relation amoureuse. De son côté, notre amoureux après une soirée encore parfaite, sans accroc, sans surprise, compare la vie dynamique de son ami à sa relation fermée qui n’avance plus. 

Cette partie donne quelque chose de nouveau au protagoniste. Quelque chose qui l’aide à se sentir mieux armé pour accepter l’aventure. Un premier réveil brutal dans le conflit interne du protagoniste qui le force à traverser le seuil et à prendre conscience. On utilise souvent, au cinéma et en improvisation, des tableaux de transitions pour modéliser cette traversé avec des mouvements, des transports (bus, voitures…), des portes, des escaliers, des photos pour générer la notion de trajet, de démarche, du temps qui passe où qui est passé.

  • Thriller : Notre protagoniste ne veut pas repenser à la tragédie, mais n’explique pas les récent flash-back qu’il a eu. 
  • Catastrophe : Notre protagoniste se doit d’être à la hauteur pour l’humanité, mais a peur de perdre sa famille.
  • Romantique : Nos protagonistes veulent l’amour, mais pas celui qu’ils ont actuellement qui n’est pas celui espéré.

Un fois le seuil franchis, il est impossible de faire marche arrière. Le protagoniste se lance dans une aventure qui ne s’arrêtera pas et où plus rien ne sera comme avant.

C’est ainsi que se termine l’acte 1 avec, pour synthétiser, une découverte de notre protagoniste et de son environnement en ouverture. Puis un incident déclencheur qui vient perturber la routine, entrainant les premiers doutes (conflit interne) et incluant notre protagoniste dans l’intrigue (conflit général). 

Gardez en tête que, le but exclusif du premier acte est de mettre en place le conflit. Ici, notre protagoniste passe de l’ignorance à, l’épuisement. De l’acte 1 à l’acte 2. 

ACTE 2

On peut faire une pause, je suis fatigué !

Nous voilà enfin dans la seconde partie de notre aventure, l’acte 2, composé de deux sous-parties.

L’Épuisement

C’est bien parce qu’elle va demander beaucoup de force mentale et peut-être physique pour avancer qu’elle est ainsi nommée. Un épuisement pour atteindre l’objectif que fixe le conflit externe.

Chaque tentative de notre protagoniste va, peu vraisemblablement fonctionner dans la résolution du conflit externe et encore moins du conflit interne. La transformation est un processus qui demande de l’engagement, de la motivation et de l’épuisement à la tâche. 

Vous ne deviendrez jamais un grand pâtissier sans avoir essuyé nombre de blanc en neige qui sont retombés ou de gâteaux plus secs que convenu. Vous n’aurez jamais d’abdominaux sans exercices physiques réguliers et une alimentation adaptée. On n’apprend pas à faire ses lacets avec des chaussures à scratch. Comprenez donc qu’il faudra passer par de nombreuses étapes encore avant d’arriver à notre but.

Thriller : L’enquête peine à avancer. Le souvenir vague du protagoniste ne donne que peu d’indication. Le tatouage est plutôt commun. Le couteau a été retrouvé par les agents et identifié, malheureusement aucune empreinte n’est apparue. Notre protagoniste est mis sous pression pour se souvenir. Tantôt interrogé, tantôt mis sous écoute. Il est même revenu sur la scène du crime. Plus ça avance, plus il recule et boit de plus en plus.  

Catastrophe : Notre protagoniste est accompagné d’une équipe professionnelle et compétente. Des propositions sont formulées et étudiées régulièrement : dévier l’astéroïde, le faire exploser en vol, rouvrir le projet Arche… L’urgence ne laisse que peu de temps à notre protagoniste pour parler à sa famille. Il envoie quelques messages qui restent le plus souvent sans réponse. 

Romantique : Notre célibataire gardant espoir de trouver l’amour, s’est inscrit dans un groupe de rencontre avec des activités régulières (soirée bowling, tennis, karaoké…). Mais l’amour ne semble pas être au rendez-vous. De son côté notre amoureux continu sa vie de couple et a pour objectif d’acheter une seconde maison dans le sud, projet que son conjoint ne semble pas partager. L’un et l’autre se contactent de temps en temps faisant totalement abstraction de leurs mésaventures ou tracas amoureux.

C’est un moment de « montagne russes » les actions viennent et permettent parfois d’avancer ou de reculer. C’est dans cette période que vous découvrez vos vrais alliés et vos ennemis. Ils viennent aider ou empêcher la résolution du conflit externe. Ils ne sont pas uniquement identifiables par des personnes, mais ce peut être aussi des objets, des souvenir. Là encore, ils intensifient l’enjeu pour épuiser notre protagoniste, proche de l’abandon. Si c’était si simple à résoudre, ce ne serait pas si intéressant que ça à jouer.

Thriller : 

  • Alliés : les enquêteurs et les amis proches
  • Ennemis : le tueur et l’alcool  

Catastrophe : 

  • Alliés : L’équipe et la famille  
  • Ennemis : l’astéroïde, le temps et la famille

Romantique :

  • Alliés : L’autre protagoniste  
  • Ennemis : L’autre protagoniste et soi-même

« Et, au bord du précipice, une chose inattendue arrive… le protagoniste… saute ! »

Cette métaphore pour expliquer qu’après de nombreuses tentatives, s’être remis plusieurs fois en question, notre protagoniste pense avoir trouver LA solution. C’est la phase de l’approche. L’approche vers la résolution présumée du conflit avec un espoir énorme. Mais en réalité, nous sommes sur l’approche du point de rupture ou du midpoint, de la crise. Ce moment où il échouera totalement. Pas un peu… TOTALEMENT. Plus la rupture externe est violente, plus la réaction interne du protagoniste sera forte.

Souvenez-vous que nous sommes sur l’ascension de notre courbe. Nous amenons notre protagoniste à l’épuisement total. À cet instant, il ne peut plus aller plus loin. Il ne peut que lâcher prise et « mourir » : abandonner le projet, faire le deuil de la relation ou d’une personne, « mourir »… Ne faites pas mourir réellement votre protagoniste, faites seulement croire que c’est le cas à votre public.

Thriller : Seul chez lui, encore alcoolisé, la larme à l’œil, il a décidé d’en finir. Cachets et alcool, il sombre petit à petit dans un sommeil. Les images défilent dans sa tête. Il revoit les photos des journaux qu’il avait ressorti. Il se fait tout à coup sortir de son sommeil par son téléphone. Avant de répondre, ses yeux se posent à nouveau sur la photo de l’article. Il aperçoit le tatouage, mais pas le visage. Au bout de son bras, dans sa main, sa fille. Le tueur était donc encore sur la scène de crime et sa fille ne semble pas apeurée ! Serait-ce un membre qu’elle a pu connaître ? Une personne de la famille ? Le téléphone a arrêté de sonner. Prêt à appeler la police pour leur annoncer les nouvelles informations, la porte sonne. En ouvrant une femme, suivit d’une fillette et d’un homme rentrent dans la maison. L’homme est armé et séquestre notre protagoniste.

Catastrophe : La technologie ne permet pas de dévier les deux astéroïdes (un plus petit qui accompagne la primaire). Le projet Arche est lancé. Il permet de mettre à l’abris les gens les plus qualifiés. Malheureusement notre protagoniste et sa famille ne sont pas prioritaires. Arrivé chez lui, il découvre une maison vide. Juste une lettre écrite par sa femme annonçant qu’elle est rentrée chez ses parents avec les enfants. En larme, dans sa voiture à l’arrêt, il regarde les photos présentes dans son portefeuille. Il commence à retracer sa vie de famille. Puis, il aperçoit la voisine taper à sa fenêtre. Elle lui apporte le jouet préféré de son petit dernier et lui dit : « Il voulait vous le donner ». En le récupérant, il prend conscience qu’il est déjà un héro pour son petit dernier. Il ne peut pas les laisser tomber. 

Romantique : Lors d’une soirée du 31 décembre, notre célibataire propose à son ami de l’accompagner histoire de s’amuser à une fête. Musique, danse, alcool, juste un peu avant minuit, nos protagonistes se sont rapprochés. Suffisamment pour s’embrasser. Leurs yeux brillent et ils prennent conscience qu’ils sont bien ensemble à cet instant. Ils se laissent emporter par l’ambiance de la soirée, par l’alcool, se transformant rapidement en une liaison torride toute la nuit.

Comme le refus de l’appel, c’est une phase psychologique chez le protagoniste qui montre qu’il est humain, qu’il lui arrive de ne pas y arriver, qu’il a des failles… qu’il est comme nous. C’est un instant important car c’est au moment le plus critique pour le protagoniste, qu’un changement psychologique, une prise de conscience, une révélation, une forme de récompense après tout l’épuisement et l’énergie donnée, permet à un élément nouveau d’arriver. Offrant de nouvelles perspectives, nous basculons de l’état de résistance à l’état de libération. 

Les histoires prennent un réel tournant à la suite du midpoint. Tant sur l’intrigue interne qu’externe. Les choses commencent à évoluer, dans le bon ou mauvais sens, mais les prises de conscience se font et les actions sont plus pertinentes. Nous passons d’une phase d’épuisement à la phase de connaissance. La seconde partie de notre acte II.

Alléluia ! On y est !

Nous avançons dans notre trame narrative. Après un dur travail, nous voilà dans la seconde sous-partie de l’acte.

La Connaissance

Notre protagoniste à ce moment, peut se sentir soulagé et en profiter pour comprendre les changements qui opèrent chez lui. S’en suivra un instant de grâce. Comme une récompense à cette première victoire. C’est un instant agréable pour le spectateur car il donne l’impression que tout va bien et que les conflits sont apaisés. Nous pourrions plus ou moins terminer nos histoires ici car nous sommes, comme notre protagoniste, dans un état serein.

Mais ce n’est qu’un instant. N’oubliez pas que « tout ce qui monte, doit redescendre ». Nous venons de toucher le point culminant de notre ascension. Il faut donc redescendre. 

Voyons comment dans nos histoires, la révélation au midpoint peut apporter un instant de grâce. 

Thriller : Bouleversé, il est seul avec la fillette. L’homme s’assure qu’ils n’ont pas été suivi et la femme inspecte la maison. Notre protagoniste les observe et croit la reconnaître. Elle lui fait rapidement comprendre qu’elle est sa fille, mais que sous l’emprise du tueur elle n’a jamais pu le prévenir. Maintenant qu’ils sont deux et la petite fille, ils vont peut-être pouvoir s’enfuir. Le tueur comprend leur stratagème et attache la fille à son tour. On comprend rapidement qu’il était fou amoureux de ces femmes, mais qu’il a été obligé de les tuer. Si il ne pouvait pas les avoir, personne d’autre ne les aurait. Le troisième jour, il pose l’arme sur la tête de la jeune femme qui au lieu d’être une aide, l’a elle aussi trahis. Prêt à la tuer devant les yeux de notre protagoniste et de la petite fille. Ce dernier arrive à se détacher et à se jeter sur lui en l’assommant. Se libérant, ils partent en courant à l’extérieur. Se croyant à l’abris, ils cherchent un moyen de contacter la police. A cet instant le tueur surgi et tire sur la jeune femme. 

Catastrophe : En arrivant il retrouve sa femme et ses enfants. Il s’agenouille et rend le super héros à son plus jeune enfant. Une soirée paisible en famille les attend. Quant au beau milieu de la nuit, le sol tremble et le ciel est en feu, la fin est proche. En larme, la famille se rassemble. Notre protagoniste regarde sa femme, son plus grand, puis son plus jeune qui descend tout juste la dernière marche de l’escalier avec son jouet. Puis il repense à son départ. Ce moment sur les marches de l’escalier où son petit s’est mis à courir avec son jouet, son héros pour aller battre un plus gros méchant. Il se souvient de son sourire. Mais dans sa course, le petit avait trébuché et son jouet l’avait accidentellement écorché la joue. Il prit alors conscience que le second astéroïde, au lieu d’être un second souci, pouvait être la solution. Il doit partir. C’est peut-être la seule occasion de sauver la Terre. Il laisse à nouveau sa famille.

Romantique : Après cette soirée et cette nuit torride, s’en suit une aventure amoureuse amusante, secrète mais les entrainant l’un et l’autre, inconsciemment à leur perte. Ils vivent de magnifiques moments complices, amoureux et souvent torrides. Sauf que le second protagoniste n’a toujours pas quitté son compagnon empêchant la relation d’évoluer. Cette stagnation dans le couple génère des tensions, des disputes pour finalement rompre l’un de l’autre.

Voyez comme le moment de grâce est une vraie bulle d’air. Cependant, dans cette période, tous les conflits ne sont pas réglés. Ils vont générer la chute, le moment où tout va s’accélérer tant au niveau des images, que du son et des lumières. On dynamise et on rythme l’histoire pour propulser le public vers le climax.

Remarquez que ce sont nos protagonistes respectifs qui engendrent cette chute. Ils n’ont pas encore résolu leur défaut fatal. Ce système de survie qui ne fonctionne plus, qui n’a aucune efficacité mais auquel ils s’attachent inconsciemment. 

Thriller : Au départ, notre protagoniste pense pouvoir oublier sa femme et sa fille avec l’alcool. Il pense même que la mort serait une solution. Il se sent totalement passif de la mort de sa femme et de la disparition de sa fille. Presque fautif à ses yeux, il a peur de vivre ! Dans la Chute il est à nouveau incapable de protéger sa fille.

Catastrophe : Au départ, notre protagoniste préfère s’enfermer dans son boulot plutôt que de passer du temps avec sa femme et ses enfants. Il s’est convaincu qu’il avait tout raté avec eux. Qu’il n’était pas reconnu comme maris et encore moins comme père. Il a peur d’être lui-même. Dans la Chute, il fuit à nouveau sa famille

Romantique : Au départ, nos protagonistes ne connaissent pas l’amour. Lorsqu’ils le croisent, ils se l’interdisent. Ils ont peur d’être heureux et peur de perdre ce qui les rattache l’un à l’autre. Dans la Chute, ils ne peuvent toujours pas vivre correctement leur amour.

Pour ne pas faire sombrer votre histoire, faites évoluer votre protagoniste une dernière fois. Générez une expérience de mort durant le second turning point

Cette expérience doit faire mourir notre « ancien » protagoniste, achevant ainsi l’ancien système de survie et son défaut fatal. Une phase de bascule forte qui donnera d’autant plus d’élan pour la dernière partie. Cette mort est une vraie descente aux enfers pour notre protagoniste. L’événement doit permettre de faire ressurgir les choses qui sont enfouies et qu’il souhaitait garder secrètes. C’est un dur moment émotionnel, un sacrifice immense qui permettra peut-être d’entrer dans une nouvelle vie.

Là encore, il n’est pas question d’avoir une idée grandiose, mais d’être logique dans l’évolution de notre protagoniste. Posons-nous la question quelle est la pire chose qui puisse lui arriver ? 

Thriller : Alors que sa fille est au sol, notre protagoniste, la traine dans une ruelle pour se cacher, essayant de la soigner. La petite fille est apeurée et voyant le tueur se rapprocher, ils rentrent dans l’immeuble en construction pour continuer à fuir et à se cacher. La fille perdant du sang, elle ralentie la fuite. Elle est prête à mourir pour qu’il puisse s’enfuir. Les paroles de sa fille génèrent une prise de conscience, comme un flash-back ! Il se revoit le jour de la mort de sa femme et de l’enlèvement de sa fille. Il se souvient de l’entourage qu’il a perdu. Des soirées alcoolisées… Il s’avoue à lui-même ce qu’il a été. Il est hors de question qu’elle meurt pour lui. Il ne peut pas partir, encore, sans rien faire, encore.  

Catastrophe : Alors qu’il vient à peine de retrouver sa famille, il repart déjà, sacrifiant à nouveau l’amour de celle-ci pour son travail. Sur le trajet il est obligé de s’arrêter. Il entend du bruit dans le coffre. Son plus grand ne voulant pas qu’il parte, a décidé de glisser dans la voiture. Devant l’urgence, il est impossible de revenir en arrière. C’est ensemble qu’ils feront le trajet. Sans être certain que l’idée de déviation soit la bonne, ils arrivent sur la base militaire. Après explication de la situation, vérification des calculs. Il est possible qu’un satellite puisse rentrer en collision avec le petit astéroïde et avec un effet domino, dévier la trajectoire du plus gros. Malheureusement, le satellite ne répond pas, il faut le diriger manuellement. Une équipe est mise en place dont notre protagoniste. Au départ, il avait repris la route dans l’idée de revoir sa famille. Là il part en sachant que c’est une mission sans retour.

Romantique : Nos protagonistes séparés depuis presque un mois, ne se parlent plus, ne se voient plus. De son côté notre « amoureux » a quitté son compagnon et a déménagé dans un autre quartier. Notre célibataire lui écume les bars, les boîtes. Consomme drogues et alcool, mais rien n’a aucune saveur. Nombre de fois l’un et l’autre ont voulu reprendre contact. De nombreux messages écrits jamais envoyés ! Des appels trop courts pour être reçus. Un jour en sortant d’une soirée bien trop alcoolisée, notre célibataire s’apprête à contacter notre second protagoniste, comme très souvent. À cet instant, par manque d’attention, il se fait percuter. Un accident l’envoyant à l’hôpital. Sans informations, le personnel médical contact le dernier numéro composé. Notre protagoniste recevant l’appel, n’a d’autre choix que de venir. Il ne souhaite pas perdre l’homme qu’il a toujours aimé. À son chevet, en larme, il lui parle. Il se parle.

Voyez comment nos conflits internes se résolvent par les actions externes. Une phase de révélation, permettant de se surpasser, de générer un moment de transformation ou de résurrection.

En résumé, après une dure ascension épuisante et un découragement certain, nous atteignons avec nos dernières forces, le midpoint. Ce moment de révélation qui nous permet un bref instant de grâce avant de redescendre frénétiquement vers notre expérience de mort qui, pour la surmonter, nous oblige à chercher au fond de nous la force pour la transformation finale durant le second turning point.

ACTE 3

Je n’y croyais pas… mais je l’ai fait !

Nous sommes presque à la fin de notre trame narrative. Pour terminer notre histoire, pour l’amener au climax, il est important de s’assurer que les conflit interne et externe soient résolus. Attention, la résolution n’est pas obligatoirement positive. Selon le choix qui est fait par le protagoniste nous pouvons orienter l’histoire vers une fin héroïque (le protagoniste choisit de régler les conflits et de les affronter, ce qui a pour effet de le transformer) ou vers une fin tragique (le protagoniste n’arrive pas/plus la force de se battre, meurt ou reste inchangé, mais ses actions ont modifié son entourage).

Pour mieux comprendre le climax, il faut comprendre le rôle de l’antagoniste/isme. Pour simplifier, il est « la manifestation physique du conflit interne » selon Dara Marks. C’est cette chose (physique ou non) qui s’oppose à la résolution du conflit externe. Souvent, il est personnifié par le méchant, mais ce dernier n’est pas forcément un être vil, corrompu ou sombre. C’est avant tout l’inverse de notre protagoniste. Il peut être souriant, présentable…

Parfois l’antagoniste n’est autre que le protagoniste lui-même ! Ce personnage qui s’empêche à lui-même, qui se sabote et se rabaisse.

En soit, pour arriver au Climax, votre protagoniste doit combattre l’antagoniste. Un combat pour le changement. 

Thriller : Se cachant du tueur, il laisse la fillette et sa fille se reposer dans un lieu, qu’il espère, sécurisé, pour se confronter à cet être abominable. Sans arme, il est obligé d’être rusé pour ne pas mourir. Le tueur se balade dans les couloirs bétonnés, allant d’une pièce sans porte à une autre. Au détour d’une d’entre elles, notre protagoniste s’apprête à bondir sur le tueur pour le démunir de son arme. Ce dernier repère les quelques taches de sang qui jonchent le sol. Certaines sont marquées d’une trace de chaussures allant vers le fond de l’immeuble. D’autres reviennent en arrières. Sur ses gardes, il avance. Proche l’un de l’autre, le protagoniste bondit sur le tueur. Enchainant les prises, ils se débattent, proche du vide de la cage d’escalier, notre tueur, arme à bout de bras pointe notre protagoniste. Il veut savoir où sont les filles ! La plus grande apparaît derrière avec une barre en fer qu’elle utilise pour déstabiliser le tueur. Le protagoniste se saisit de l’arme. Prêt à le tuer pour venger sa femme, il s’arrête et explique qu’en agissant ainsi, il s’abaisse à n’être qu’un tueur. Il n’est pas question de faire subir cette vision d’horreur à sa fille qui a déjà trop subi, ni à la fillette qui a vu sa mère mourir. Les policiers arriveront quelques temps après pour l’appréhender.

Catastrophe : Dans la navette, proche du satellite, l’équipe s’apprête à amorcer les manœuvres de déviation. Sur Terre, son fils impuissant et seul, décide de prendre la voiture et de rentrer prévenir sa famille. Les ondes des astéroïdes empêchent la navette de manœuvrer correctement. Tous les systèmes sont détraqués. La dernière solution serait de provoquer la collision avec la navette, en la faisant exploser, générant suffisamment d’énergie pour orienter le petit astéroïde sur le grand. Cette démarche demande des techniques qu’il est le seul à pouvoir gérer. Proche de l’instant, en regardant vers la Terre, il esquisse un sourire. L’explosion se voit depuis la Terre sur laquelle la famille rassemblée regarde, impuissante. Le sacrifice est dure mais utile pour l’humanité. Quelques mois plus tard, sur le rebord de la cheminée, la photo du père de famille prône. Il sera à jamais présent.

Romantique : Les jours se suivent et s’enchainent. Chaque jour, le second protagoniste apporte de nouvelles fleures, raconte un nouveau chapitre, reste assis pour être présent. Après un mois à l’hôpital, tard le soir, main dans la main, il s’endort sur le fauteuil. C’est alors que la main du premier se contracte. Les yeux s’ouvrent doucement et dit : « Je ne partirai jamais sans toi ». En larme, notre second protagoniste appel une infermière et répond « Je ne te laisserai plus partir ». 

Nos histoires se terminent. Si vous relisez les premiers paragraphes, j’explique que, la fin est souvent présente dès le début de nos histoires. Quand bien même en improvisation nous ne savons pas où nous allons, nous pouvons percevoir quelques informations. Informations que nous pouvons/devons utiliser à la fin. C’est la réincorporation

C’est ce qui nous permet de comparer nos commencements à nos fins. Pour ça, posons-nous cette question : Est-ce que nos protagonistes ont accompli quelque chose à la fin, qu’ils n’étaient pas capables de faire au début ?

Thriller : Au départ, notre protagoniste pense pouvoir oublier sa femme et sa fille avec l’alcool. Il pense même que la mort serait une solution. Il se sent totalement passif de la mort de sa femme et de la disparition de sa fille. Presque fautif à ses yeux, il a peur de vivre ! À la fin, il secourt cette dernière et sauve son estime de soi en s’empêchant de tuer. Et puis selon son vécu, la mort serait trop facile. La vie est bien plus dure à vivre.

Catastrophe : Au départ, notre protagoniste préfère s’enfermer dans son boulot plutôt que de passer du temps avec sa femme et ses enfants. Il s’est convaincu qu’il avait tout raté avec eux. Qu’il n’était pas reconnu comme maris et encore moins comme père. Il a peur d’être lui-même. À la fin, il est au centre de la famille. Il s’est sacrifié pour eux.

Romantique : Au départ, nos protagonistes ne connaissent pas l’amour. Lorsqu’ils le croisent, ils se l’interdisent. Ils ont peur d’être heureux et peur de perdre ce qui les rattache l’un à l’autre. À la fin, proche de la mort, de la perte ultime, ils ne peuvent plus se séparer.

Les grandes histoires ne sont que des récits à un instant donné. Mais elles sont aussi intemporelles si on sait lire entre les lignes. Elles marquent nos imaginaires, nos pensées, elles s’imprègnent dans nos vies et nos quotidiens. Elles mettent en exergues les sensibilités et les fragilités de l’être humain. Les nôtres. N’avons-nous jamais éprouvé ce sentiment de solitude après la perte d’un être ? Ou cette volonté de vivre pleinement l’instant présent ? Combien de fois nous sommes nous refusé d’aimer ? Combien de sacrifice avons-nous fait et combien reste-il à faire ? 

Continuons à raconter des histoires, à inventer des personnages, des situations. Créons sans cesse pour ne jamais faire mourir notre regard.

Ainsi se termine cet article. À présente, je vous invite fortement à déceler les différentes parties dans les films, les séries que vous regarder, les romans que vous lisez, dans les spectacles que vous contemplez ! Je vous invite à tester au-fur-et-à-mesure les éléments dans les improvisations que vous jouez.

L’ensemble de cet article est largement repris du live « Inside Story – Le travail de l’armée transformationnel » écrit par Dara MARKS et paru aux éditions DIXIT .

Quitter la version mobile