Et en impro alors ?
Oui, parlons un peu d’improvisation. Que dis-je, du théâtre d’improvisation.
Il est intéressant de poser la question : le théâtre d’improvisation n’est-il pas du théâtre purement contemporain ? La création spontanée qu’induit l’improvisation existe bien sur la même époque que le créateur. Historiquement, le théâtre d’improvisation tel que nous le connaissons actuellement est contemporain. N’est-ce donc pas du méta-théâtre que de proposer une catégorie contemporaine dans une oeuvre qui l’est déjà ?
Reprenons pas à pas !
Avant les années 50
Le théâtre d’improvisation existe depuis bien longtemps. Déjà présent au sein de la commedia dell’arte l’improvisation a marqué profondément les personnages emblématiques de ce théâtre populaire.
Le plaisir du « Jeu » a quant à lui, été introduit par la célèbre Viola Spolin dans les années 20/30. Développant ainsi l’action de communication par l’amusement et le jeu. En parallèle, monsieur Peter Brook reprendra des classiques et renoncera aux décors pour proposer du théâtre engagé. Il écrira un ouvrage « L’espace vide » en 1977 où il distinguera 4 formes de théâtre :
- Moribond– sclérosé
- Sacré– celui qui permet de visualiser, par le jeu des acteurs ce qui n’est pas visible
- Brut– seulement texte et comédien
- Immédiat– qui se re-nouvel en permanence
Je vous laisse faire une petite pause pour transposer ça à l’improvisation telle qu’on la pratique actuellement. Prenez un verre d’eau, faites quelques pas et revenez lire la suite. Si vous ne voulais pas le faire, continuer cette lecture qui je l’espère vous intéresse.
Durant LES ANNÉES 50
À New-York, né le style Living Theater qui est contre le théâtre consensuel de Broadway. Pour faire simple, ils interrogent la place du public par le biais du théâtre dans le théâtre ou autrement dit le  » Méta-Théâtre « .
En Europe, c’est Bertolt Breich qui abat le quatrième mur et apporte la notion de distanciation et la forme de théâtre épique ou d’un théâtre didactique ayant pour but la prise de conscience et l’action du spectateur.
Pour mieux comprendre ce dernier et le lien avec l’improvisation, voici un petit tableau. Là aussi, après l’avoir lu, faites une petite pause et demandez-vous si vous êtes plutôt dans une forme dramatique ou épique !
| Forme dramatique | Forme épique | |
| La scène « incarne » un événement | âž” | Elle narre l’évènement |
| Implique le spectateur dans une action | âž” | Fait de lui un observateur, il est placé face à l’action |
| Épuise l’activité intellectuelle du spectateur | âž” | Éveille son activité intellectuelle |
| lui est occasion de sentiments | âž” | l’oblige à des décisions |
| lui communique des expériences | ➔ | lui communique des connaissances |
| Présente le monde tel qu’il est | âž” | Présente le monde comme devenir |
| Les sentiments sont conservés tels quels | âž” | Ils sont poussés jusqu’à se muer en connaissances |
| Ce que l’homme doit faire | âž” | Ce que l’homme peut faire |
| L’homme immuable | âž” | Il se transforme et transforme |
| Les événements se déroulent linéairement | ➔ | En faisant des méandres |
Alors ? Plutôt drama ou plutôt épique ?
Voyez-vous déjà le lien avec le théâtre d’improvisation actuel ? Cette recherche constante de créations nouvelles, de critiques, de réactions fortes et d’action du public. C’est un excellent début, mais ce n’est pas encore ça !
Continuons notre aventure historique.
Après LES ANNÉES 50
Lors de l’après-guerre, l’art graphique explose et nous voyons poindre au loin, le théâtre happening. Un mouvement américain, qui se donne dans des ateliers de peintre, pour un cercle de public réduit. Il faut reconnaître que par Antonin Artaud a énormément influencé ce théâtre. Ainsi on comprend mieux pourquoi c’est un théâtre qui fait mal, dérange, provoque.
Ici, le metteur en scène devient un spectateur qui fait bouger les choses. C’est sans répétition, laissant place à de l’improvisation. Là aussi, les spectateurs participent au spectacle et peuvent être violemment agressé par les acteurs. Enfin, les sujets abordés sont principalement sur les tabous religieux et tabous sexuels.
L’improvisation prend forme et devient un spectacle à part entière au travers du happening.
Puis, le théâtre contemporain évolue encore dans les années 60. Jerzy Grotowski développe un théâtre physique où l’acteur est en quelque sorte un sportif.
Stop ! Un théâtre sportif ? Ça ne vous rappel rien ? Bref continuons.
Des qualités d’endurance qui vont évoluer dans un espace sans décors et sans costume.
Stop encore ! Sans costume ? Sans décors ? Vraiment ? Je vous laisse lire la suite, mais bon, quand même, on est proche là déjà !
Il l’intitulera le théâtre pauvre par l’absence totale du décorum. Ainsi, ce théâtre se veut très élitiste où l’on tente de construire une proximité entre l’acteur et le spectateur, une expérience vital. L’acteur est appelé à se dévoiler à travers sa gestuel et son texte. Donc le metteur en scène n’est plus le directeur d’acteur, mais le premier spectateur. Il va voir si ça marche.
Oui, l’a c’est clairement le rôle de l’arbitre ! Enfin on en parlera dans un autre article.
Nous arrivons enfin dans une période plus proche de l’improvisation telle que nous la connaissons, avec des formes de théâtre encore présentes à travers le monde.
Ainsi, dans la même période (années 60) monsieur Del Close, va co-fonder l’IO Théâtre à Chicago et le concept de Harold.
En Angleterre, c’est le célèbre Keith Johnstone qui formulera ses théories et créait, lui aussi, de nombreux formats tel que le Theatresports, Gorilla Theatre, le Maestro pour ne citer qu’eux.
Enfin, dans les années 60 et 70, plusieurs troupes ou compagnies théâtrales s’intéressent au théâtre d’improvisation et chacun y va de sa recherche pour mettre l’improvisation à l’avant-scène. Plusieurs formules sont proposées mais aucune n’atteindra le succès du « match d’impro » imaginé par Robert Gravel et Yvon Leduc en 1977. Ils sont aussi fondateurs de la Ligue Nationale d’Improvisation du Québec peu de temps après.
Fait important ! Le match est né dans le cadre de représentations de théâtre expérimental ! Ce n’est pas rien. Du théâtre où on expérimente, on essaye, on ose… Un théâtre spontané ! Ça donne à réfléchir sur notre pratique, non ?
