
On dit souvent en impro qu’un conflit entre personnages ne permet pas d’avancer ! En effet, c’est générer entre eux une forme de négociation où chacun veut gagner, avoir raison. En match, l’arbitre peut siffler un « retard de jeu ».
Mais le conflit est pluriel et est bien plus essentiel, voire central dans la création narrative. Voyons ce que signifie le conflit en improvisation
Conflit inutile
« … combien pour cette baguette ?
– Cinq euros !
– Vraiment ? C’est cher vous ne trouvez pas ?
– C’est le prix monsieur ! Vous la prenez ou non ?
– Cinq euros c’est un peu abusé quand même !
– Vous la prenez alors ?
– Je vais la prendre, mais vous prenez la carte, je n’ai pas de monnaie ?
– La carte c’est à partir de dix euros !
– Je vais donc vous en prendre deux. »
Vous voyez bien dans cette situation que nous n’avançons pas. Que nous négocions. Que nous retardons inutilement la résolution et que personne n’a évolué.
« Le principe qui veut que toute chose vivante qui n’est pas en train de grandir ou d’évoluer ne puisse que décliner et mourir »
Dara Marks – Inside Story aux éditions DIXIT
Ce qui se traduit par : sans évolution ou changement, c’est la mort, la fin, du personnage, de l’histoire. Ici, nous n’apprennons rien des personnages ou trop peu, rien de l’intrigue et à la fin, ni l’un ni l’autre n’a changé. Le premier voulait une baguette, il l’a ! L’autre voulait 5€, il les a ! Nous sommes sur un conflit interpersonnel inutile.
Dans ce genre de situation, pour s’en sortir et avancer, évoluer, vous pouvez :
- accepter de lâcher prise et de jouer avec l’idée de l’autre en utilisant la formule « Oui, tu as raison parce que… » et vous justifiez. Vous verrez la force de votre proposition, obligeant une réaction de l’autre.
- changer d’émotion. Si vous étiez énervé, pleurez, ou riez. Le changement chez vous, engendrera un changement chez l’autre.
- expliciter les raisons : « J’ai besoin que tu m’aides parce que… » et là aussi, la justification ferra réagir votre partenaire.
- agir plutôt que de parler. Si vous sortez de scène par exemple, vous forcez l’autre à agir en conséquence… continuer la scène seul, vous suivre, vous obligé de rester etc…
Allez-y, essayez, même dans votre vie personnelle… ça fonctionne parfaitement.
Ces quelques formules permettent de désamorcer le conflit que vous estimez inutile pour l’histoire.
À l’inverse, si vous trouvez que votre scène, a un intérêt majeur pour votre histoire, votre évolution, alors il existe une autre possibilité. Augmenter l’importance du conflit et le transformer en élément central de votre histoire. En conflit général.
Conflit Externe ou Général
Ainsi, pour ne pas « mourir » sans avoir « évoluer », pour ne pas créer des conflits qui seraient inutiles, il faut augmenter l’importance du CONFLIT pour générer un sentiment de PÉRIL et préciser l’INTRIGUE. Si vous n’avez rien à perdre de significatif alors le conflit n’existe pas. Aucune résistance, aucune perte, ni matérielle, humaine ou psychologique.
Donc si vous êtes en péril, vous générer un besoin de RÉSOLUTION pour ne pas mourir/périr et donc vous précisez là, l’OBJECTIF à atteindre. Et le principe du péril, c’est qu’il engendre un sentiment d’urgence. Si ce n’est pas fait maintenant, ça ne sera pas possible demain…
- Dans « Le seigneur des anneaux », ce dernier doit être mis dans le volcan à temps, sans quoi l’armé de Sauron va envahir la Terre du milieu et réduire en esclavage le peuple. Il est donc urgent de le détruire.
- Prenez « Le Roi Lion » Simba doit récupérer son trône avant que le méchant Scar ne détruise définitivement la Terre des Lions.
- Dans « Le Cercle des poètes disparus » nos jeunes doivent apprendre à saisir le jour avant d’être trop formaté par l’éducation parentale et scolaire.
Vous remarquez ici, que nous parlons des quêtes/objectifs de nos protagonistes. Ces dernières existent par le conflit qui s’installe au début.
Conflit Interne ou d’évolution
Enfin, je souhaite préciser ce que signifie « évoluer » pour notre personnage et aborder le conflit interne.
Je reprendrais une citation de Dara Marks qui exprime que « Le résultat du changement est le mouvement… Le résultat du mouvement est la progression… Le résultat de la progression est un nouvel ordre… Le résultat d’un nouvel ordre est une nouvelle vie… »
À l’inverse… si vous ne souhaitez pas de changement dans votre vie, vous risquez de rester là où vous êtes et donc de tourner en rond, de ne pas avancer, et au final de ne pas changer de vie. De « mourir » sans avoir « évoluer ».
Pour que notre protagoniste puisse évoluer, il faut générer chez lui un conflit interne, un combat avec lui-même.
- Notre hobbit ne se sent pas légitime dans cette quête car faible et invisible aux yeux du monde, mais il apprendra qu’il est plus fort qu’il n’y parait.
- Notre lion se pense responsable de la mort de son père et ne peut donc prétendre au trône, mais il découvrira la vérité.
- Nos jeunes n’ont jamais pu s’exprimer, penser par eux-mêmes, mais ils découvriront ce que signifie saisir le jour et être soi.
Vous voyez bien que le conflit est un élément central de toutes les histoires. Mais que chaque conflit nécessite aussi et surtout un changement pour trouver une solution et c’est CE CHANGEMENT/ÉVÈNEMENT que nous racontons dans nos histoires. N’oubliez pas que tout conflit a un point de rupture. Une solution qui permet de basculer vers une résolution et même si celle-ci n’est pas celle que nous avions en tête.
Ce schéma permet de comprendre le principe simple, que « Ce qui monte doit redescendre ». Une blague est bonne parce que vous faites monter la tension et l’intrigue, avant de relâcher avec la chute. C’est d’ailleurs ce que font tous les humoristes. Ce principe n’est ni unique, ni ponctuel. Au contraire, il est la structure de base de toute histoire. Un enchainement de situations.
« Tout conflit est une partie d’un continuum qui se développe depuis un lieu de notre passé et nous entraîne vers un endroit nouveau en ouvrant la porte de notre futur ».
Dara Marks – Inside Story aux éditions DIXIT
Voici un exemple
Il est 8h47 et vous devez être au travail pour 9h sans quoi votre patron risque de vous convoquer dans son bureau. Malheureusement vous ne trouvez pas vos clés. Vous cherchez partout, demandez à votre femme. Vous êtes certain que les enfants ont joué avec hier soir. Vous retournez la maison, mais rien ! Puis vous vous souvenez être rentré tard hier soir et d’être passé par la porte arrière. Les voilà ! Vite, vous montez dans votre voiture, démarrez, mais en chemin, vous tombez en panne. Vous trouvez une solution en contactant votre garagiste. Enfin, vous êtes au bureau. Vous vous faites discret, mais le patron vous a repéré ! Malheureusement, il n’a que faire de vos excuses car c’est la sixième fois que vous êtes en retard en deux semaines.
Peut-être que cet enchainement de montées et de descentes fait partie d’un élément plus vaste encore comme la perte d’une relation stable.
Que cette perte fait elle aussi partie d’un élément plus vaste dans lequel vous vous êtes mis à boire.
Voyez comme les situations s’imbriquent, s’enchainent et surtout ne se terminent jamais. Comme une spirale infinie de situations, chacune pouvant fournir une histoire complète. Chacune alimentant le récit de la prochaine et ainsi intensifiant le conflit général.
L’évolution
Maintenant, nous allons nous attarder à développer un arc. Sachez que le schéma ci-dessous est adaptable à chaque arc, chaque situation.
Notre personnage commence obligatoirement son histoire, sans connaître le conflit ou au moins sans connaître entièrement comment le résoudre. Puis l’histoire avançant, le péril se faisant connaître, il devient urgent de gérer le conflit. Il va donc s’épuiser à travers de multiples tentatives de gestion des conflits interne et externe jusqu’au moment où il va comprendre le réel besoin et commence à chercher la solution en puisant dans ses propres ressources pour atteindre ce renouveau. Car si vous vous en souvenez, tout ce qui ne bouge pas, meurt. Donc le mouvement, le renouveau est inévitable.
Ainsi, le conflit extérieur provoque chez notre protagoniste une réaction interne, le poussant à donner une réponse externe. Cette dernière l’amène à créer un changement interne pour percevoir le monde extérieur différemment et donc résoudre le conflit externe.
- Frodon voyant la communauté de l’anneau croire en lui, ainsi que l’amitié qui se développe, prend en main l’anneau, ce fardeau qu’il refuse de léguer et traverse au risque de mourir, l’ensemble des contrés.
- Simba, poussé par Timon et Pumba et surtout Rafiki qui lui parle de son père, se sent investi et ne peut laisser la Terre des Lions à son oncle.
- Ces jeunes complétement formatés, pourront se sentir libre par les paroles de leur enseignant.
Ce schéma permet de conclure cet article sur le conflit et l’évolution.
Il permet d’identifier et de comprendre l’imbrication des conflits les uns vis-à-vis des autres. Vous n’arriverez pas à résoudre l’intrigue (conflit externe/général) sans surpasser votre défaut (conflit interne/évolution) elle-même liée à vos relations (conflit interpersonnel).
Apprenez à gérer les conflits qui se présentent à vous.
