De style contemporain

De style contemporain

Que signifie “contemporain” ? Une oeuvre contemporaine ? Pourquoi en improvisation c’est souvent n’importe quoi ? Que faire de cette catégorie ? Quelle utilité dans notre formation d’improvisateur ? Bref, autant de question sur le sujet, mérite justement que j’en écrive un article.

LA petite définition

La définition de contemporain est aussi simple que ça : Qui existe sur la même période. Que ce soit entre 2 personnes, entre une oeuvre littéraire et les faits relatés, entre une personne ou un groupe d’individus et l’époque… Finalement, il existe autant d’exemples qui donnent une idée plus précise de ce mot. Donc, lorsqu’on parle d’une oeuvre contemporaine, on l’associe à une période qui, devrait être semblable à la nôtre.

Le meilleur des Mondes d’Aldous Huxley, pourtant écrit en 1932 et une oeuvre bien plus contemporaine si on la compare à notre époque actuelle.

L’épisode Nosedive de la série Black Mirror sur Netflix, bien que fictif et cruellement dystopique est résolument contemporain par la mise en pratique presque identique en Chine.

De toute évidence, ces exemples montrent bien la limite de la définition purement temporelle. Malheureusement dans le milieu de l’art, on dit d’une oeuvre qu’elle est contemporaine car elle rompt ; avec le passé, avec l’art moderne ou classique. Elle rompt et transgresse les frontières entre ce qu’on va considérer comme de l’art et ce qui ne semble pas l’être.

Vous l’aurez compris, en réalité, on ne peut restreindre l’art contemporain à une seule et unique définition. Je vais donc vous peindre rapidement l’histoire de l’art contemporain.

UNE BRÈVE MINUTE HISTORIQUE S’IMPOSE

De nombreux évènements ont permis l’émergence de l’art contemporain.

La société de consommation (l’augmentation de la productivité et de la production de biens manufacturés, la croissance, l’essor d’une classe moyenne dans les pays industrialisés) et ses dérives qui inspirent.

On connait tous au moins une oeuvre Pop Art de Andy Wharold ou encore La fontaine de Marcel Duchamp qui est une oeuvre dite Ready Made et qui sont des exemples frappant de l’art contemporain.

La photographie change aussi de visage. Tantôt outil conceptuel, tantôt purement plastique et parfois narrative. La photographie cherche à questionner, à critiquer, à révéler autrement le réel, ses contradictions et ses crises. C’est pourquoi, pour illustrer de façon simple la photographie contemporaine, je vous invite à regarder les oeuvres de JR. Je peux aussi vous présenter Liu Bolin qui traite à la fois de l’homme et de la consommation de masse. Un artiste entre photographie et performance.

Les nouvelles technologies ont apporté de nouvelles formes d’art comme l’Art Vidéo, l’Art informatique, le Bio-Art ou l’art numérique.

De plus en plus maintenant, les formes d’art se diversifient et sortent des institutions culturelles avec le Street Art, l’Art performatif ou l’Art conceptuel. Si vous souhaitez découvrir davantage d’oeuvres et d’artistes contemporains, je vous invite à visiter le site Artsper.

Enfin, parlons rapidement de la danse contemporaine. C’est un art dit sans artifice. Un travail de corps, de signification du mouvement, d’expérimentation. Une forme d’interactions entre le corps et l’environnement… Il existe autant de danses contemporaines que de danseurs.

Merce Cunningham a cherché à créer une danse dépersonnalisée qui ne valait que par elle-même et a revisité les notions d’espace et de temps.

Pina Bausch de son côté, a inventé une nouvelle forme de spectacle, déstructurant toutes les catégories qui avaient cours jusqu’alors sur les scènes de théâtre par l’élaboration d’un langage nouveau.

Enfin, aujourd’hui Philippe Découflé s’inspire de la bande dessinée pour créer une danse haute en couleurs.

Si vous n’avez pas lu mon dernier article, alors vous êtes passé à côté de ce spectacle de danse contemporaine de Philippe Lafeuille que je vous invite fortement à découvrir : Tutu des Chicos Mambo.

Enfin, pour les flemmards de la lectures de tous les liens de cet article, je vous invite à regarde cette magnifique série Abstract sur Netflix.

Et en impro alors ?

Oui, parlons un peu d’improvisation. Que dis-je, du théâtre d’improvisation.

Il est intéressant de poser la question : le théâtre d’improvisation n’est-il pas du théâtre purement contemporain ? La création spontanée qu’induit l’improvisation existe bien sur la même époque que le créateur. Historiquement, le théâtre d’improvisation tel que nous le connaissons actuellement est contemporain. N’est-ce donc pas du méta-théâtre que de proposer une catégorie contemporaine dans une oeuvre qui l’est déjà ?

Reprenons pas à pas !

Avant les années 50

Le théâtre d’improvisation existe depuis bien longtemps. Déjà présent au sein de la commedia dell’arte l’improvisation a marqué profondément les personnages emblématiques de ce théâtre populaire.

Le plaisir du “Jeu” a quant à lui, été introduit par la célèbre Viola Spolin dans les années 20/30. Développant ainsi l’action de communication par l’amusement et le jeu. En parallèle, monsieur Peter Brook reprendra des classiques et renoncera aux décors pour proposer du théâtre engagé. Il écrira un ouvrage « L’espace vide » en 1977 où il distinguera 4 formes de théâtre :

  • Moribond– sclérosé
  • Sacré– celui qui permet de visualiser, par le jeu des acteurs ce qui n’est pas visible
  • Brut– seulement texte et comédien
  • Immédiat– qui se re-nouvel en permanence

Je vous laisse faire une petite pause pour transposer ça à l’improvisation telle qu’on la pratique actuellement. Prenez un verre d’eau, faites quelques pas et revenez lire la suite. Si vous ne voulais pas le faire, continuer cette lecture qui je l’espère vous intéresse.

Durant LES ANNÉES 50

À New-York, né le style Living Theater qui est contre le théâtre consensuel de Broadway. Pour faire simple, ils interrogent la place du public par le biais du théâtre dans le théâtre ou autrement dit le ” Méta-Théâtre “.

En Europe, c’est Bertolt Breich qui abat le quatrième mur et apporte la notion de distanciation et la forme de théâtre épique ou d’un théâtre didactique ayant pour but la prise de conscience et l’action du spectateur.

Pour mieux comprendre ce dernier et le lien avec l’improvisation, voici un petit tableau. Là aussi, après l’avoir lu, faites une petite pause et demandez-vous si vous êtes plutôt dans une forme dramatique ou épique !

Forme dramatique Forme épique 
La scène “incarne” un événementElle narre l’évènement
Implique le spectateur dans une actionFait de lui un observateur, il est placé face à l’action
Épuise l’activité intellectuelle du spectateurÉveille son activité intellectuelle
lui est occasion de sentimentsl’oblige à des décisions
lui communique des expérienceslui communique des connaissances
Présente le monde tel qu’il estPrésente le monde comme devenir
Les sentiments sont conservés tels quelsIls sont poussés jusqu’à se muer en connaissances
Ce que l’homme doit faireCe que l’homme peut faire
L’homme immuableIl se transforme et transforme
Les événements se déroulent linéairementEn faisant des méandres

Alors ? Plutôt drama ou plutôt épique ?

Voyez-vous déjà le lien avec le théâtre d’improvisation actuel ? Cette recherche constante de créations nouvelles, de critiques, de réactions fortes et d’action du public. C’est un excellent début, mais ce n’est pas encore ça !

Continuons notre aventure historique.

Après LES ANNÉES 50

Lors de l’après-guerre, l’art graphique explose et nous voyons poindre au loin, le théâtre happening. Un mouvement américain, qui se donne dans des ateliers de peintre, pour un cercle de public réduit. Il faut reconnaître que par Antonin Artaud a énormément influencé ce théâtre. Ainsi on comprend mieux pourquoi c’est un théâtre qui fait mal, dérange, provoque.

Ici, le metteur en scène devient un spectateur qui fait bouger les choses. C’est sans répétition, laissant place à de l’improvisation. Là aussi, les spectateurs participent au spectacle et peuvent être violemment agressé par les acteurs. Enfin, les sujets abordés sont principalement sur les tabous religieux et tabous sexuels.

L’improvisation prend forme et devient un spectacle à part entière au travers du happening.

Puis, le théâtre contemporain évolue encore dans les années 60. Jerzy Grotowski développe un théâtre physique où l’acteur est en quelque sorte un sportif.

Stop ! Un théâtre sportif ? Ça ne vous rappel rien ? Bref continuons.

Des qualités d’endurance qui vont évoluer dans un espace sans décors et sans costume.

Stop encore ! Sans costume ? Sans décors ? Vraiment ? Je vous laisse lire la suite, mais bon, quand même, on est proche là déjà !

Il l’intitulera le théâtre pauvre par l’absence totale du décorum. Ainsi, ce théâtre se veut très élitiste où l’on tente de construire une proximité entre l’acteur et le spectateur, une expérience vital. L’acteur est appelé à se dévoiler à travers sa gestuel et son texte. Donc le metteur en scène n’est plus le directeur d’acteur, mais le premier spectateur. Il va voir si ça marche.

Oui, l’a c’est clairement le rôle de l’arbitre ! Enfin on en parlera dans un autre article.

Nous arrivons enfin dans une période plus proche de l’improvisation telle que nous la connaissons, avec des formes de théâtre encore présentes à travers le monde.

Ainsi, dans la même période (années 60) monsieur Del Close, va co-fonder l’IO Théâtre à Chicago et le concept de Harold.

En Angleterre, c’est le célèbre Keith Johnstone qui formulera ses théories et créait, lui aussi, de nombreux formats tel que le Theatresports, Gorilla Theatre, le Maestro pour ne citer qu’eux.

Enfin, dans les années 60 et 70, plusieurs troupes ou compagnies théâtrales s’intéressent au théâtre d’improvisation et chacun y va de sa recherche pour mettre l’improvisation à l’avant-scène. Plusieurs formules sont proposées mais aucune n’atteindra le succès du « match d’impro » imaginé par Robert Gravel et Yvon Leduc en 1977. Ils sont aussi fondateurs de la Ligue Nationale d’Improvisation du Québec peu de temps après.

Fait important ! Le match est né dans le cadre de représentations de théâtre expérimental ! Ce n’est pas rien. Du théâtre où on expérimente, on essaye, on ose… Un théâtre spontané ! Ça donne a réfléchir sur notre pratique, non ?

ET cette catégorie contemporaine ?

Si vous avez lu jusque-là, c’est une excellente chose et je vous promet, j’ai bientôt terminé.

Le propos même de mon article à la base, est de parler de cette catégorie contemporaine. C’est pourquoi, je vous laisserai le plaisir de répondre à la question préalablement posée sur : proposer cette catégorie, ne serait-ce pas une forme de méta-théâtre ou méta-impro ?

Avant tout, certain me diront que c’est trop souvent caricaturale comme retranscription. Je suis entièrement d’accord. Mais là où on pourra souvent voir deux impros à la manière d’un western d’une troupe à une autre, très similaire. Il y a peu de chance que nous voyons de ces deux troupes, deux impros contemporaines, semblables.

Au contraire, elles auront leur propre identité. Dénonçant et présentant l’aspect de la troupe et des comédiens à l’instant T. Étrangement, cette catégorie a la capacité de mettre en place des processus d’écoute, de corps et d’espace. Comme si, l’acte verbal du mot “contemporain” donnait aux comédiens la possibilité d’un acte plus libératoire.

Tous les mots et les maux font sens et chaque déplacement se fait jusqu’au bout. Puis quand ce n’est pas le cas, il est malicieusement complété par un autre. Le collectif prime sur l’individu et les discours sont davantage percussifs, dénonciateur, et ancré dans une réalité. Les propos sont visuels et poignants. Les comédiens font même l’économie des mots et s’autorisent à être corporellement actif. Se mettent en place des jeux de scène et des gimmicks.

Lorsque les comédiens commencent heureux, tout le monde l’est et tendent à l’euphorie et à l’extase, jusqu’à la bascule négative. La descente aux enfers. Créant ainsi, involontairement, par association d’idées inverses, un chamboulement narratif.

Et le public là-dedans ? Il comprend ce qu’il a envie de comprendre. Il s’approprie et s’identifie à l’histoire par les suggestions et les émotions qui lui sont véhiculées. Parce que le public aime comprendre, il met un sens à ce que nous jouons, disons, dansons. En fait, le public se raconte son histoire en intégrant les passages plus personnels ou engagés et verbalement structurés.

Finalement, cette catégorie est une forme de représentation de notre art. Inconsciemment, nombreux sont les improvisateurs qui s’ancre dans des courants de l’histoire du théâtre. Jouant tantôt du théâtre happening, en passant par des personnages de la commedia pour terminer sur du théâtre brut et engagé.

Mon avis sur cette catégorie, c’est qu’elle engage plus qu’il n’y parait. Elle libère par sa non contrainte. Plus on l’a travaille en groupe, plus elle facilite l’écoute et la connexion. Elle favorise la créativité par le mot, le geste, l’autre, l’espace, le vide…

Petit exercice

Faite le teste. Individuellement, demander à vos groupes d’imiter corporellement la pluie douce qui tombe, puis augmenter le débit et nous voilà tout à coup sur une pluie tropicale. Le bruitage est autorisé mais pas nécessaire. Maintenant demandez leur de représenter l’eau qui coule au sol, le torrent ou la rivière. Puis un lac. Le glaçon et enfin la buée. Faites leur répéter ces différentes actions les une après les autres. Proposez leur de ne plus imager l’eau avec leurs mains, mais d’être cette eau. Refaite la même chose avec le feu, les braises, la fumée…

Une fois qu’ils ont compris le procédé, proposez leur de créer ce qu’ils veulent et faites les passer ensuite un par un sur scène. À chaque passage, demander au reste du groupe ce qu’ils se sont raconté. Peut-être serez-vous surpris de la force du corps et de l’imagination que cette exercice et par extension, cette catégorie apporte.

Aussi, vous pouvez faire évoluer cet exercice en les faisant se rencontrer. Ça racontera encore autre chose. Puis en les autorisant à dire un ou deux mots durant leur danse.

Merci de votre lecture et laissez un commentaire si ça vous avez des remarques, des propositions, des artistes à partager.

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