Le public en improvisation – 5/6

Le rythme
Le rythme

Dans mon troisième article sur “Le public en improvisation – L’identification“, je parle de la connexion à l’histoire par le rythme. Ce n’est pas qu’une question de structure narrative, mais aussi et surtout l’intensité des éléments abordés dans les articles précédents (suggestions ; émotions ; identification ; promesses).

Lorsque qu’on écoute une musique, ce qui nous plait ce sont les paroles et comment elles s’associent à la mélodie. À la façon dont la basse rebondit sur les coups sourds de grosse caisse tout en alimentant la musicalité des autres instruments. Imaginez une musique composée d’une seule note tenue, ou d’un riff de guitare répétitif sans variation. Nous risquons rapidement de changer de musique pour ne pas s’ennuyer.

Maintenant, transposons ça à l’improvisation. Il n’y a rien de plus ennuyeux qu’une histoire sans surprise, sans rythme. D’ailleurs, le mot histoire vient du grec “historia” qui signifie “enquête”, qui lui-même signifie “rechercher”. Dans ce sens, que rechercher quand il n’y a rien de manquant ? Il n’existe pas d’enquête si toutes les preuves sont sous les yeux.

D’un point de vue narratif, il est donc nécessaire d’avoir quelque chose à rechercher pour générer une enquête, une histoire. Mais la recherche n’est pas obligatoirement matérielle. Elle peut être identitaire. Un garçon qui recherche l’attention d’une fille au lycée. Une femme qui recherche à vivre sans se soucier de la maladie. Un lapin qui n’a qu’une oreille et qui veut se faire accepter des autres. Un serveur de café en quête de nouveauté et d’aventure.

Bref vous l’aurez compris, il est nécessaire que le protagoniste ait un but, une source de motivation pour donner de la pulse, du rythme.

Mais ce n’est pas tout ! Si rien n’empêche la réalisation du but, alors il n’existe pas. Pour distinguer le bien, il faut le comparer au mal en sinon on ne sait pas que c’est bien. On connaît la difficulté de la perte d’un proche parce qu’on la compare avec les moments de sa présence. D’ailleurs, le vide existe que parce qu’il ne l’a pas toujours été. Ainsi, pour qu’un but existe, il lui faut des obstacles.

Prenez l’histoire du seigneur des anneaux. Elle serait parfaitement inintéressante si Frodon arrivait directement à la Crevasse du Destin pour y détruire l’anneau. Dans le cas d’histoire dont on connait la fin d’ailleurs ; ce qui nous intéresse dans le public, c’est bien le “comment” ils en sont arrivés là.

Le public veut donc voir les étapes “step by step” qui vont changer notre héros, le faire évoluer. Plus l’ascension est difficile, plus les obstacles seront complexes et pesant pour le protagoniste. Ce qui donnera au but (même simple) plus de sens et d’importance, et à l’histoire plus de rythme.

Mais alors, comment rythmer notre histoire.

Typiquement, imaginez une improvisation où le comédien A, commence en chantant. Il propose malicieusement au comédien B et au public de faire une improvisation comédie musicale. Il invite donc ce comédien à chanter également. C’est une façon facile de surprendre son partenaire de jeu. Cependant, le comédien B à son tour, répond en parlant au comédien A : “Tu es de bonne humeur ce matin vue que tu chantes”. Il provoque alors un changement de situation dans laquelle la chanson est intégrée à l’histoire et audible de tous.

Il aurait pu aussi s’avancer en s’adressant au public. Brisans ainsi le 4° mur et présenter l’autre comédien : “Lui, c’est Julien. Comme tous les matins, il chante dans sa douche. Mais c’est sans se douter que la voisine d’en face l’écoute et le regarde.

Je me souviens d’une improvisation à la façon d’un Disney où après avoir proposé à mon camarade de chanter, il me renvoie, 2 ou 3 scènes plus tard, la pareil à mon grand étonnement. Jouant un hibou, protecteur de la forêt, j’ai pris la décision de ne pas entendre la proposition en prétextant que je volais trop haut et qu’on avait besoin de moi ailleurs. Cette résistance volontaire a induit une nouvelle proposition des autres comédiens sur la fin de l’improvisation. Amenant ainsi un aspect comique à la situation, mais rythmant et ponctuant l’histoire par les résistances.

En sommes, le public attend que nous mettions de l’intensité dans nos propositions. Que nous fassions varier les rythmes en le surprenant ou en montrant littéralement que nous sommes en train de jouer sur scène. De jouer comme des enfants à se renvoyer la balle.

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