Le public en improvisation – 4/6

Les promesses faites au public
Les promesses

Pour cette quatrième partie, je continue à explorer ce public en me basant sur les promesses faites au travers du récit, mais aussi au travers des contraintes et catégories.

Je donne une à deux fois par an des stages sur l’arbitrage de match dans lequel j’ai une partie sur les contraintes et catégories que je présente par sous catégories :

  • structurelles : qui imposent une structure précise de narration ou de mise en scène (huis clos, abécédaire ; caméléon ; carré d’émotion ; carré hollandais…)
  • humoristiques ou d’exercices : qui apportent un aspect comique (assis, debout, couché ; question/flexion ; le mot de l’arbitre, dégressive ou peau de chagrin…)
  • de genre ou de style : qui demandent de respecter l’univers “à la manière de…”

Je précise que les catégories sont bien évidements perméables selon la façon dont elles sont abordées et traitées par les comédiens et où par l’arbitre.

Selon la sous-catégorie, quand je suis dans le public, je déplace le curseur de mes attentes et je reste à l’affût des promesses qui me sont faites. Sur un genre à la manière d’un film d’espionnage, je m’attends à un agent secret qui s’infiltre, à des objets ayant plusieurs utilisations. Mais aussi à des moyens de transport (jet privé, moto-ski, voiture de sport…), à une magnifique femme qui va troubler notre agent… Et si on m’annonce une peau de chagrin ; outre le plaisir de la redite plus rapide ; j’aime à revoir la même chose plus rapidement et non plus comique ou plus concise ! C’est pourquoi, lorsqu’ils oublient des éléments de la première histoire, c’est décevant.

Il existe des catégories et des contraintes que je nomme polymorphes. Prenons la catégorie abécédaire. Si elle est réussie sans accroc, elle devient impressionnante. Elle montre la capacité des comédiens à jouer une histoire tout en respectant, voire en nous faisant oublier la contrainte. Vous me direz, il en est de même pour toutes les catégories et contraintes et c’est vrai. Par contre, ce n’est pas le cas pour l’autre aspect du polymorphe !

C’est à dire, lorsqu’elle est réussie mais avec des accrocs, des moments de réflexion parce qu’on se refait l’alphabet dans sa tête ; elle se transforme en contrainte comique. Enfin, elle devient comique à condition que les comédiens assument pleinement de perdent pied, sans souffrir et qu’ils tentent, essayent de continuer. Ils s’amusent de cette contrainte et de ce qu’elle génère. Sans ça, elle se transforme en une impro longue où l’on voit le mal être des joueurs. Mal être qui se communique au public.

Idem pour les rimées. Il est plaisant de voir le comédien commencer une phrase et se rendre compte que la fin ne rime pas. Pire, qu’elle se termine par -ade, -tre ou encore -til. On lit sur son visage : “oups, la rime suivante est compliquée à trouver”. Mais qu’il se lance quoi qu’il arrive dans le vide. Qu’il ose essayer.

Je pourrai encore donner de nombreux exemples, mais vous avez compris l’idée. Ce qui compte pour les catégories polymorphes et de façon générale en improvisation, c’est d’oser, d’assumer et de tenir au mieux ses promesses. Ça marche ou pas, qu’importe. Le public aime voir des comédiens essayer.

Cependant, ils savent que c’est de l’improvisation. Si ils voulaient une pièce de théâtre sans difficulté, ils iraient voir du classique. En revanche, en venant voir de l’improvisation, on veut voir des comédiens se débrouiller pour sortir “vainqueur” ou non de la contrainte. Ils souhaitent voir l’évolution “step by step” jusqu’à la libération.

Ainsi, comme expliqué dans l’article “Le public en improvisation – L’identification” c’est plaisant de voir quelqu’un triompher. De voir les comédiens tenir la promesse initiale. Ça nous conforte dans l’idée que nous aussi on peut y arriver. C’est une dynamique bienveillante et non dramatique.

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