Le public en improvisation – 3/6

L'identification ou comment se connecter les uns aux autres.
l’identification

Dans mon second article sur “Le public en improvisation – Les émotions“, j’aborde l’importance de l’émotion. Cette connexion entre comédiens et public. Il m’est évident maintenant, que quand je suis dans le public, ce qui me connecte indéniablement à l’improvisation, ce sont ces éléments émotionnels. Mais aussi la rythmique de l’histoire et les dilemmes que vivent les personnages et ceux que vivent les comédiens. Je ressens le besoin d’une quelconque identification entre les protagonistes et moi.

Le premier dilemme me ramène à ma propre personne. Avec des problématiques auxquels je pourrais faire face un jour ou un autre. Elles humanisent le héros de l’histoire. Comme quand j’étais enfant et que je prenais conscience que mon professeur avait des enfants. Il était donc papa ou maman. Comme nous, Il va faire les courses et va au cinéma aussi… En fait, il a une vie à l’extérieur de l’établissement. Il est comme moi et je suis comme lui. En impro, ce héros est lui aussi comme moi. C’est le principe de l’identification.

Pour qu’il nous touche plus encore, ce dilemme doit être une sorte de lutte intérieure pour le personnage principal, un événement personnel. Mark Jane en parle très bien dans son livre Jeux et Enjeux. Il appuie ses propos par des exemples cinématographiques que je me permets de reprendre. Dans Skyfall l’agent, en plus de devoir sauver le monde, va devoir faire face à ses démons. Dans Mad Max : Fury Road, dès le début le personnage a des visions de la mort de sa propre fille, idem dans Gravity. Les situations ici ne sont pas comiques, mais pourtant elles nous transportent, nous transcendent parce que finalement, elles nous ressemblent.

Plongé dans un univers chaotique, fantastique et souvent peu habituel ; nous restons connectés à ces personnages dont la vie est déjà extraordinaire. Sans ce dilemme, nous aurions simplement l’impression de regarder extérieurement la situation.

Le second dilemme est pour moi, celui du comédien. C’est d’ailleurs une déformation d’expérience. Elle me permet de distinguer les mécanismes utiliser sur scène pour avancer dans l’histoire, pour créer une fusion, pour faire un accent… Je vois donc le comédien qui essaye, qui tente, qui se débat… C’est souvent ce qui me fait sourire ou rire d’ailleurs.

Dans mon premier article sur “Le public en improvisation – Les suggestions“, je donne l’anecdote suivante : “quand il a fait le dragon, c’était amusant de le voir rigoler”. Je ne rigole parce que c’est drôle, ni même parce que le comédien rigole. Je rigole parce que ça raconte justement ce dilemme. Celui qui est de proposer une idée farfelue “le dragon” (qu’on préfère montrer plutôt que d’expliquer). Voir qu’il rigole de lui-même (certainement par auto-jugement). Il assume pleinement sa proposition pour autant (qui pour être franc, ne ressemblait en rien à un dragon).

Ainsi, les comédiens qui assument ce qui se passe sur scène mais qui décrochent quelque peu ; s’ils ont réussi à me faire intégrer à leur imaginaire au départ ; me montrent leur fébrilité, mais aussi leur force. Comme s’ils relevaient un défi. C’est donc plaisant de voir quelqu’un triompher après avoir donné de soi. Ils se prouvent, se dépassent, et le public veut voir jusqu’où. Voir s’ils sont capables de réaliser la contrainte/catégorie. S’ils tiendront leur promesse.

L’identification se fait ainsi par la connexion et l’image qui m’est renvoyée. J’aimerai au fond être comme ce héros. Mais peut être, certainement, le suis-je déjà à ma façon.

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