Le public en improvisation – 2/6

Les émotions
Les émotions

En reprenant l’anecdote de mon premier article sur “Le public en improvisation – les suggestions“, je me suis rendu compte que le rire n’était que le résultat d’un cheminement. Comme un processus inconscient de création de mon cerveau à ce moment-là. Il est donc stupide de croire que le rire, l’euphorie sont les seules émotions/réactions possibles d’un public. Ce serait d’ailleurs réduire la discipline et sous-entendre que le public n’est pas capable d’autres choses.

Malheureusement, c’est encore ce qui se véhicule : l’improvisation c’est drôle. Ça l’est parce que les compagnies ne montrent rien de plus à leur public. Certains se contentent même et se valorisent d’avoir fait un super spectacle parce que le public a rigolé. D’autres aiment les retours post-spectacle. Des retours du genre : “tu m’as fait tellement rire à ce moment-là quand tu as fait le dinosaure”. Je crois que la pire chose que j’ai entendu était : “le match c’est fait pour faire rire, il faut être cabot ou sinon le public ne vient pas aux spectacles”.

Durant un match dans lequel je jouais, l’arbitre propose une comparée. Nous partons confiant sur une relation de 2 frères. On ne s’est pas vu depuis longtemps suite à la perte tragique de notre mère. Des retrouvailles complexes et tendues. Ne voyant rien de comique là-dedans, une pluie de chaussettes s’abat sur la patinoire. L’arbitre est obligé de stopper l’histoire pour faire un balayage. Suite au match, l’équipe qui nous avait invitée a pris la décision de supprimer les chaussettes de leurs matchs futurs. Une sanction nécessaire pour éduquer leur public, selon eux.

Pour ma part, le match comme tout autre spectacle d’impros (cabaret, catch…) doivent montrer le panel des possibles de l’improvisation. De la situation comique voire burlesque aux univers sombres et tragiques. En passant par les contraintes et catégories demandant des connaissances, des compétences, des entrainements… Mais nous y reviendront plus tard.

Pour le moment, c’est vrai que sur une échelle de 1 à 10, 1 étant de faible intensité et 10 l’intensité maximale, prenez n’importe quelle émotion au niveau 1, aucune n’est audible. Prenez le rire, même à faible intensité, il reste immédiat et audible, parfois incontrôlable. L’avantage du rire, c’est qu’il vient confirmer ou valider ce que nous faisons sur scène. Mais sans savoir pour autant si c’est bien. À l’inverse, est-ce que le silence d’un public induit automatiquement qu’il n’est pas connecté à vous ? Ce qui se passe sur scène est-il s’ennuyant ? Ou pire que vous êtes mauvais ?

Le rire est facile à obtenir et qui plus est, il est communicatif. Il suffit d’une personne dans le public qui rigole pour que ça se répande à l’ensemble rapidement.

A contrario, un public ému ne fait pas de bruit, du moins pas pendant que vous jouez. Il se peut qu’il vous le fasse savoir à la fin par une salve d’applaudissements massive. Par des retours significatifs en “off” sur l’aspect poignant du témoignage que vous avez porté sur scène. Il m’est arrivé une fois, qu’un couple vienne à la fin d’un spectacle et me dise : “On avait l’impression d’être devant un film”. Sans pour autant que l’histoire soit toute lisse, nette, sans mise en danger, sans accroc, le public avait vécu des sensations. Il y avait des émotions variées, du rythme. On se sentait connecté à nous et à l’histoire, car ils se voyaient, se retrouvaient dans les personnages.

Bien qu’en majorité, le rire soit l’attente première du spectateur en improvisation, il est de notre responsabilité de former notre public. De notre devoir de l’éduquer à autre chose. Activons et suscitons de vives émotions sur scène et dans le public. Regardons-nous et regardez votre public, vous transmettrez tellement plus.

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