Le public en improvisation – 1/6

Les suggestions

En improvisation on se met dans la peau de centaines, de milliers de personnages différents. Dans des contextes ubuesques ou tragiques, mais sans rarement avoir vécu à travers eux. Il existe cependant, un personnage que nous vivons régulièrement, celui de public. Nous avons toutes et tous était public à un moment ou un autre d’un spectacle d’impro.

Alors, comme pourrait le faire des acteurs pour s’imprégner d’un rôle pour le petit ou grand écran, essayons de comprendre ce que signifie être public.
Pourquoi va-t-on voir de l’improvisation ? Qu’attendons-nous de cette soirée de spectacle ? Qu’est-ce qui nous fait vibrer face à une scène ou à une autre ?
Et sur scène alors… Devons-nous agir aux réactions du public ? Faut-il répondre aux attentes ? Le rire est-il la clé d’un spectacle réussi ?

Voici un article en 6 parties, vous présentant mon point de vue et qui je l’espère permettra des échanges constructifs, et pourquoi pas de répondre aux questions ci-dessus.

les suggestions

Avant même de commencer l’improvisation, ce qui me marquait quand j’étais assis sur ma chaise ; plongé dans l’obscurité d’une salle. C’était la capacité d’imaginaire dont j’étais finalement capable rien qu’en regardant un mouvement, un regard, une indication de lieu… Beaucoup de sexologues s’accorderont à dire qu’il est plus excitant d’imaginer, de fantasmer avant l’acte. Les religions et les mythes sont elles aussi forces d’imagination. À l’antiquité par exemple, les populations croyaient en des dieux (égyptiens, nordiques, grecques…) et ces croyances régissaient leur mode de vie. Les croyances populaires animent nos fêtes annuelles (père noël, lapin de pâque, fée des dents, marchand de sable…)

Autant vous dire que l’imaginaire est fascinant, autant que je l’étais par cette discipline. Je rigolais tout le temps car les comédiens sur scène étaient bons. À la fin, je me revois dire “c’était tellement drôle ce soir, ils ont été excellents” ou encore “quand il a fait le dragon, c’était amusant de le voir rigoler”…

Je vous entends déjà me dire : “ce n’est pas parce que c’était drôle, que les comédiens étaient bons ou que le spectacle était bien” ; j’irai dans votre sens ! Déjà pour ne pas se fâcher, mais surtout car en prenant du recul et de l’expérience, il m’est paru évident qu’ils n’étaient pas “bons” parce qu’ils étaient drôles. Ils l’étaient parce qu’ils avaient forcé mon cerveau à imaginer des contextes aux situations présentées. Consciemment ou non, ils avaient tapé à la porte de mon cerveau. Il lui demandait d’inscrire leur histoire dans un univers cohérent. Me faisant ainsi croire à cette réalité alternative. Suscitant ainsi ma curiosité par la création d’une situation, d’un personnage auquel je ne m’attendais pas.

Là encore attention ! Ce n’est pas parce que vous êtes drôle ou que le public rigole, que vous agissez sur les leviers de la suggestion. Encore moins, que ça fait de vous un bon comédien, un bon improvisateur ou pire, que vous avez fait un bon spectacle.

Ils avaient été bons à mes yeux par leur force de suggestion et de ce que ça générait chez moi. Le rire fut une réaction, mais je me suis rendu compte que d’autres avaient marqué chaque moment du spectacle. Le cinéma fait très bien ça. Par exemple dans les films d’horreur où la suggestion du hors cadre entraine l’angoisse et le stress. Les films romantiques nous rappellent nos amours d’enfance. Les musiques aussi ont cette capacité. Elle nous emporte dans le clip dont nous sommes le héros lorsqu’on marche seul dans la rue, musique à fond.

Il est donc préférable de suggérer plutôt que d’expliquer. Il est même plus intéressant de vivre plutôt que raconter, de ressentir plutôt que de parler. La force d’un récit se verra sublimer par la suggestion et l’interprétation et non uniquement par le verbal.

En donnant plus de détails vous donnez du grain à moudre à vos collèges de scène ainsi qu’au public. Si je vous dis « imaginez une voiture ». Vous risquez d’être, soit perdu car il existe de nombreux modèles différents et vous n’arrivez pas à faire de choix. Soit très simpliste en imaginant votre propre véhicule ou celui que vous aimeriez avoir.

Maintenant, si je vous dis « imaginez cette corvette de 1963, d’un rouge métallisé et aux vitres teintées ». Votre imaginaire n’a plus rien à faire car je vous ai tout donné. Ce qui nous intéresse alors, c’est le contexte. Pourquoi mon personnage a une corvette ? Pourquoi les vitres sont teintées ? Est-ce un personnage important ou une crise de la 40taine ?

Libre à vous maintenant d’user de détails, de suggestions et de favoriser l’imaginaire.

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